Faire un article sur les enfants que l'on rencontre au Cambodge c'est incontournable meme si certaines histoires ne sont pas toutes si droles que ca... On vous en livre quelques extraits parmi les plus marquants.
En rentrant au Nord du Cambodge la premiere chose qui nous a frappe et qui nous a fait bien plaisir (ca a compense les douleurs occasionnees par l'etat de la route) c'est que ce ne sont plus les chiens qui nous ont couru apres en aboyant mais les enfants en hurlant de joie (et la on exagere pas il faut les entendre pour le croire), en sautant sur place et en agitant les mains dans tous les sens. Le seul mot anglais qu'ils doivent connaitre c'est "hello" et ils s'en donnent a coeur joie! Il y a vraiment de quoi fondre et on a envie de s'arreter a chaque fois pour faire des photos. Mais quand il reste bien des kilometres a parcourir avant d'atteindre le seul village susceptible d'abriter une guesthouse on peut pas trop. Enfin pas tout le temps... En tout cas, c'est super agreable pour nous et on a plus a craindre de morsures au mollet. Par contre il faut tenter d'agiter la main aussi energiquemet que les enfants tout en essayant de ne pas tomber du velo (et de se prendre une mega honte par la meme occasion)et d'eviter les trous et les bosses. Dans ces conditions quelques uns ont du malheureusement se contenter d'un grand sourire legerement crispe ou d'un petit coup de sonnette.
Il suffit aussi simplement de s'arreter pour boire un peu et se reposer au bord du chemin pour qu'on se retrouve parfois cernes par tout un groupe d'enfants de 2(des qu'ils savent marcher en fait) a 12 ans, tres curieux de voir nos sacoches, la remorque et surtout la hauteur vertigineuse a laquelle gravite la selle d'Arnaud. Au moment de partir, ils nous font des grands signes et ceux qui ont un velo nous suivent pour un bout de chemin ou plutot essaient de faire la course, c'est vraiment super sympa. Bon hein faut pas rever on les gratte facile grace a notre super condition physique a faire palir de jalousie les cyclistes du tour de France. Bon ok c'est aussi un peu grace a nos velos qui ont un peu plus de vitesses et qui font beaucoup moins de bruits suspects...
Une autre fois, toujours pendant une pause rehydratatation (elles sont nombreuses il faut bien compenser le nombre de litres au 100 qu'on perd en transpiration), a quelques metres de nous, ont surgi de la foret trois enfants nus ou en haillons... on a toujours pas compris d'ou ils venaient ni comment ils nous ont vus mais en tout cas ils etaient un peu moins habitues que les autres aux blancs bizarres traversant le pays sur des velos tout aussi bizarres. Ils nous ont fait de grands sourires, des signes de la main mais n'ont jamais ose approcher de trop pres! On a reussi a faire une photo quand meme: Arnaud l'a prise en s'approchant un peu et lentement, pendant que Stephanie faisait des grands sourires diplomatiques en agitant la main genre on est des extra-terrestres mais promis on vous veut pas de mal. La il aurait fallu une photo pour avoir une idee de la scene dans son ensemble... On est finalement reparti, on s'est echange encore moultes signes de la main et dans notre retroviseur on les a vu encore longtemps au bord de la route a nous regarder jusque a ce qu'on soit hors de vue. La je suis pas sure que c'est l'eau qui nous a permis de retrouver un peu d'energie pour continuer a pedaler.
Toujours dans le Nord du Cambodge (partie la plus pauvre du pays puisque les khmers rouges y ont capitule il y a moins de 10 ans), a Samraong une autre rencontre a ete tres marquante... enfin surtout pour la pauvre petite fille en question... Nous nous promenions tranquillement sur les chemins de terre a
quand nous avons croise cette petite fille d'environ 10 ans sur son velo. Et la c'etait franchement a mourir de rire, surtout pour nous: en voyant la grandeur d'Arnaud, elle lui a jete un regard vraiment effraye avant de sauter de son velo, de le laisser en plan au bord de la route et de courir jusque chez elle ou elle a pu trouver un peu de reconfort dans les bras de sa maman, qui elle aussi a bien rigole! Celle-ci a du essayer de lui dire que c'etait normal (ou du moins possible) d'etre aussi grand mais elle n'a jamais ose lacher sa mere ni meme jeter un regard a ce geant venu d'ailleurs. Et elle n'a sans doute recupere son velo que longtemps apres notre depart quand tout danger a ete definitivement ecarte...
Arrives a environ 30 kilometres de Siem Reap (quand on a roule pour la premiere fois au Cambodge sur une route goudronnee) on a en meme temps retrouve un tout autre contexte, ou les gens, enfants y compris, sont bien plus habitues aux touristes. Ce sont donc a des enfants tout a fait differents que nous avons eu a faire meme si le point commun entre eux c'est sans doute et malheureusement la grande pauvrete. Pendant notre voyage dans le Nord, on a vu enormement d'enfants, bien plus qu'en Thailande, sans doute parce que beaucoup n'ont pas la chance d'aller a l'ecole. Les tres jeunes, jusque vers 5 ans environ, ne sont de loin pas tous habilles et n'ont en tout cas pas de chaussures. Plus tard on les voit pour la plupart dans des haillons, qui ont ete (peut-etre) un jour des habits. La plupart du temps, des qu'ils sont assez grands, ils aident les adultes dans les diverses taches quotidiennes. Mais malgre la situation, ils paraissent en fait tres heureux (ce qui doit etre le cas au moins pour ceux qui sont en bonne sante peut-etre pas pour les autres). Dans tous les cas, dans cette region, il n'y a apparemment pas beaucoup de differences de conditions et tous les enfants (et les adultes) qu'on a pu voir etaient plutot heureux de maniere generale et contents de voir des touristes commencer a traverser leurs villages. Pour eux, la situation ne fait finalement que s'ameliorer depuis qu'ils vivent enfin en temps de paix et du coup ils sourient et rigolent beaucoup. Ils sont curieux de nous voir passer et ont toujours ete tres acceuillant quand nous nous arretions manger une pasteque ou boire un verre dans une de leur echope. Mais des qu'on arrive a Siem Reap et dans les environs, cela devient tout a fait different. Il y a vraiment un grand ecart de conditions et on voit des gens dans une misere encore plus grande (ou peut-etre juste differente?) de ce qu'on a pu voir dans les campagnes. Ce qui n'empeche pas que, de maniere generale, la region est en fait bien plus riche et que les autres personnes elles vivent dans de bien meilleures conditions. Mais en tant que touristes, il faut bien dire que nous n'avons a faire qu'aux enfants les plus pauvres et parfois le terme est franchement leger. Les autres ont la chance d'aller simplement a l'ecole sans devoir travailler apres (ou quelques fois a la place) et se fondent dans la masse des autres enfants que nous avons plus l'habitude de voir. Ils ont eux aussi l'habitude de voir des touristes et n'ont aucune raison particuliere de venir vers nous (surtout si on est a pied sans nos velos tire-l'oeil!) donc pour nous ils sont "invisibles". Les autres, on les rencontre a l'entree de chaque temple du site d'Angkor qui tentent de vendre des cartes postales, de l'eau, des bracelets, etc., le tout pour "one dollar". Ils sont super insistants et tous les moyens sont bons pour engager la conversation et essayer de nous faire acheter quelque chose. En tout cas ils savent tous un minimum vital d'anglais (on a moins de peine a discuter qu'a Bangkok, c'est dire!), savent compter jusqu'a 10 dans 23 langues et savent meme qu'il y a quatre langues officielles en Suisse (l'italien, le francais, l'allemand et le ... grosse hesitation... le dutch!). Ils nous demandent tous d'ou on vient et comment on s'appelle et sont catastrophes quand ils se rendent compte qu'ils ont pose les questions dans le mauvais ordre, c'est a dire comme on leur a appris. En resume, il faut bien avouer que meme si c'est quelques fois penible d'avoir 10 enfants a nos basques qui nous supplient de leur acheter quelque chose, c'est juste impossible de s'enerver avec eux et de perdre patience alors qu'on a deja pourtant dit 10 fois non. Et comme on peut pas tous leur acheter quelque chose, on a pris le parti de plaisanter avec eux et en general du coup on rigole avec eux et ils ne nous en veulent pas trop. Une fois un petit garcon voulait qu'on lui achete des cartes (on avait deja pris 10 juste avant a un autre qui elle etait au moins presque majeure) et a essaye de nous faire la liste de toutes les personnes a qui on avait sans doute oublie d'ecrire. Il a ete completement desespere quand on lui a dit qu'on avait pas de maman, pas de papa, pas de freres et soeurs, pas de grands-parents et pas d'amis (toutes nos excuses a ceux qui se reconnaissent mais c'etait pour la bonne cause), je crois qu'il etait a la limite d'etre desole pour nous quand il a compris qu'on plaisantait et il a fini par bien se marrer aussi. Une autre fois une petite fille voulait nous vendre de l'eau et nous l'a propose pour 4 fois le prix qu'on paie d'habitude pour la meme bouteille. Arnaud lui a dit ok on t'en achete mais au prix juste. Elle l'a regarde d'un air desespere et lui a dit en anglais et avec une grande spontaneite: "mais c'est le prix ou MOI je les paie!". Bon la forcement que dire a ca? On l'a paiee plus cher note eau et avec le sourire en plus, ils sont quand meme forts ces gamins. Sinon un dernier exemple du genre: on mangeait un delicieux fried rice aux abords des temples quand deux petites filles sont venues nous proposer d'acheter quelque chose comme d'hab pour juste "one dollar". De nouveau on a rien achete mais comme de toute facon on etait arrete en train de manger on a commence a discute avec elles a leur poser des questions a leur apprendre des mots (prononcer Stephanie pas de probleme mais Arnaud il y
a un peu les sons "r" et "au" en trop). Au final, elles etaient toutes contentes et on a eu chacun droit a un dessin qu'elles ont sorti de leur poche en precisant que c'etait "for free". Bref, c'est vraiment facile d'etre patients avec eux ce qui n'est pas du tout le cas avec les adultes qui eux nous enervent beaucoup plus. Il est meme arrive qu'un homme qui suivait les enfants nous insulte sans doute parce qu'on etait quand meme gonfle de leur parler sans les arroser de dollars. Les femmes (les meres ou les tantes en eneral) elles le prennent au contraire super bien. La fois ou on a eu droit au dessin on a ete servi comme des rois: ce n'etait pas une assiette de fried rice mais une montagne! Mais a cote de ces enfants la il y a encore ceux qui sont plus pauvres et qui n'ont meme plus rien a vendre et en sont reduit a mendier simplement un peu d'argent ou simplement a boire et a manger. Dans ce genre la, une rencontre inoubliable mais difficile moralement avec une petite fille sourde et muette au sommet d'un temple ou l'on accede en gravissant je ne sais combien de marches. Elle est venue vers nous, nous a suivi un moment avant de montrer la bouteille d'eau qu'on tenait a la main. La forcement y a pas a hesiter on lui a donne mais d'un cote c'etait terrible de voir a quel point elle etait contente et reconnaisante pour un demi-litre d'eau qui nous avait couter a peu pres 10 centimes. On s'est alors soudainement rappele qu'il nous restait une baguette au fond du sac et on a ete la chercher pour lui donner et ed nouveau c'etait les grands merci, les immenses sourires et elle a ete nous ceuillir un bout d'herbe qui avait pousse entre deux pierres comme cadeau. Et de notre cote pas de quoi pavoiser on a du lui donner en tout l'equivalent de 30 centimes et encore, une misere. Ca nous a fait plaisir de la voir manger et boire et elle a encore pousse des cris pour attirer notre attention une fois qu'on etait redescendu pour nous dire une fois encore au revoir. Un rien emouvant pour une quelqu'une qui pleure deja en regardant l'age de la glace. Difficile aussi quand on se rememore l'episode avant de s'endormir et qu'on se rend compte qu'on a meme pas eu l'idee de lui donner un peu d'argent mais que sur le moment ca ne nous a pas effleure parce qu'elle ne nous a rien demander de plus. Bref, au moment de se reveiller on a encore comme un leger sentiment de culpabilite qui nous poursuit...
En ville de Siem Reap et de Phnom Penh, on en rencontre aussi beaucoup, soit seuls, soit en bandes, soit carrement utilises par leurs parents pour qu'on les prennent en pitie et qu'on donne de l'argent "pour l'ecole". On va pas vous cacher qu'on a eu de mauvaises experiences avec certains ce qui provoque l'effet contraire: a la place d'etre de plus en plus sensibles a leur situation on devient en fait de plus en plus mefiants. En clair, si on a eu quelques fois l'impression que l'argent donne allait a des personnes et des enfants qui en avaient vraiment besoin, d'autres fois on a plutot senti qu'on s'etait surtout bien fait avoir. Et quelques fois par des gamins de moins de 10 ans... Bref, les voyages c'est aussi ca, perdre un peu de sa naivete en route... On finira donc cet article par cette tres haute reflexion en forme de conclusion et peut-etre qu'il y aura matiere a un autre article sur le meme sujet. A suivre donc...